• Béatrice Bertieaux

Je suis la forêt, le cri de mon encre et le silence dans la nuit

Mis à jour : mai 18

J'ai toujours eu peu d'estime de moi-même, suffisamment toutefois pour penser qu’elle existe quelque part et que cela pourrait parfumer et colorer ma vie de couleurs un peu plus chaleureuses si je la débusquais.

Vous ne pouvez pas vous éloigner de vous-même en vous déplaçant d’un endroit à un autre . Ernest Hemingway

Je m'interroge sur la nécessité de s’aimer soi-même, celle de trouver et d'être à sa place sur cette Terre. Il n’en a pas toujours été ainsi, mais aujourd’hui je pense que rien ne nous oblige à quoi que ce soit, rien ni personne ne nous appelle. D’autant plus que chacun de nous croit que les autres pensent comme lui, et qu’il n’en est rien. Du moins, sans restriction ni réserve. D’une certaine façon, je n’ai jamais vraiment eu tout à fait la foi. Ai-je pour autant gagné en liberté  ?


Qu’une pensée puisse nous relier à autrui, et il n’en est rien. J’aurais beau penser très fort ou très haut, la distance, tout comme le temps, est fragmentée et non soumise à une volonté qui, en outre, ne nous voudrait que du bien. Et l’amour dans tout ça. Une danse.


Disposant un nuage dans le ciel, une orange dans une assiette, les peintres éclairent ce qu’il reste de jour dans le soir, inventent la juste distance qui permet à l’espace de s’ouvrir, et à l’amour de danser. Christian Bobin

La vie serait comme un journal intime, quand les pages se détachent au fil du temps. Aujourd’hui, le ciel est gris, pluvieux, venteux, tempétueux, et peut-être que demain il sera bleu, que le soleil brillera et que les étoiles existeront juste pour nous. Comme le bonheur et la joie. Mais lorsque le voile se lève, il n’y a plus de saisons, ne demeure que le soi, nu.


Je n’apprends rien en affirmant que nous voyons le monde à travers le prisme de notre éducation, de nos croyances, de notre culture. Toutes ces années avant notre naissance et celles qui survivent façonnent nos rêves, nos aspirations, nos déceptions, nos sentiments d’abandon, de rejet, de déception, et aussi de communion, d’appartenance.


La question est de savoir, si une fois, rien qu’une fois, lorsque nous rencontrons l’altérité (en imaginant qu’elle existe), nous permettons à celle-ci de nous enseigner quelque chose, sur le monde de l’autre, des autres, sur un éventuel et unique nous-mêmes ou si ce à quoi ou à qui nous abandonnons notre attention, ouvrons notre cœur, confirme tout simplement nos croyances. Soit, nous nous croyons si différents que nous nous attendons à un traitement de faveur, d’exception, soit nous voyons l’autre comme nous-mêmes et nous l’assimilons à nos craintes et à nos ombres, à nos exigences en somme, à nos conditions.


Je me suis quant à moi créé l’illusion de ne pas vouloir — ou pouvoir — entrer dans le moule, je marcherais sur un trottoir déserté, un peu comme si j’écrivais ma vie dans la marge d’un cahier, un peu comme si je n’avais pas ma place dans le monde du milieu. Je fuis le sentiment de rejet, et dans le même temps, j’alimente mon sentiment de solitude et l’enrobe dans une logique de fatalisme.


D’autres que moi sont passés par là, et quelques-uns sont finalement passés à autre chose.


Pour l’instant, j'écoute les multiples voix qui se chamaillent dans la tête, sans pouvoir les faire taire quand bon me semble. Alors j'écris.


Alors, je cours et je marche dans la forêt. Sous mes pieds, les feuilles séchées crissent, les branches mortes craquent, je laisse des empreintes légères comme si mes pas étaient déjà passés par là.

Je suis l’arbre et le cri de mon encre. Le silence dans la nuit.


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